Préparer sa retraite, ce n'est pas choisir un produit d'épargne. C'est enchaîner cinq décisions dans le bon ordre : connaître ses droits, chiffrer ses besoins, calibrer son effort d'épargne, sélectionner ses enveloppes, puis diversifier son patrimoine. Voici la méthode, étape par étape, quel que soit votre âge.
Pourquoi préparer sa retraite ne peut plus attendre
Le système français fonctionne par répartition : les cotisations des actifs financent les pensions des retraités. Il garantit un revenu de base, mais pas le maintien du niveau de vie. Fin 2023, la pension moyenne de droit direct s'établissait à 1 666 € bruts, soit 1 541 € nets par mois.
Source : DREES, « Les retraités et les retraites », panorama annuel, https://drees.solidarites-sante.gouv.fr.
Pour une carrière complète de salarié du privé, le taux de remplacement tourne autour de 70 à 75 % du dernier salaire. La baisse de revenus se situe donc entre 25 et 40 %, et elle peut atteindre 70 % pour un indépendant ou un professionnel libéral, dont les cotisations sont souvent calibrées au minimum.
S'ajoute une incertitude réglementaire. La réforme de 2023 a été suspendue jusqu'en 2028 par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, avec un effet sur les générations 1964 à 1968. Cette instabilité renforce une conclusion simple : le seul paramètre réellement pilotable reste son propre patrimoine.
Étape 1 : faire le point sur ses droits et sa carrière
Aucune stratégie ne tient sans un état des lieux. Il est gratuit et prend une heure.
Le relevé de situation individuelle récapitule l'ensemble des trimestres et des points acquis, tous régimes confondus. Il est accessible sur le portail commun des régimes de retraite, avec un simulateur officiel qui estime le montant de la pension selon plusieurs âges de départ. C'est le seul calcul basé sur vos données réelles de carrière, à l'inverse des simulateurs commerciaux.
Vient ensuite la vérification. Trimestres manquants, contrats courts oubliés, périodes d'apprentissage, de chômage, d'expatriation ou de congé parental : les oublis se corrigent d'autant plus facilement qu'ils sont détectés tôt, avec les justificatifs encore disponibles. Un trimestre non régularisé peut coûter plusieurs milliers d'euros sur la durée de la retraite.
Le rachat de trimestres, plafonné à douze au titre des années d'études ou incomplètes, s'évalue au cas par cas. À partir de 50 ans, le coût unitaire va d'environ 2 672 à 5 279 € selon l'option retenue et les revenus. Il n'a d'intérêt que s'il déclenche le taux plein ou évite une décote significative.
Source : Cnav, circulaire relative au versement pour la retraite, barème indexé sur le plafond annuel de la sécurité sociale.
Étape 2 : estimer ses besoins de revenus à la retraite
Certains postes baissent naturellement : transport, restauration hors domicile, crédit immobilier si le prêt est soldé, cotisations sociales. D'autres augmentent : santé et complémentaire, énergie, loisirs, aide aux proches, adaptation du logement.
L'exercice utile consiste à reconstruire un budget cible poste par poste plutôt qu'à appliquer un pourcentage au dernier salaire. Le statut du logement change tout : un propriétaire sans crédit peut vivre confortablement avec 60 % de ses revenus d'activité, un locataire en zone tendue aura besoin de 80 % ou plus.
Étape 3 : calculer son effort d'épargne selon son âge
Le raisonnement se pose à l'envers : partir du complément de revenu mensuel visé, le multiplier par l'espérance de vie à la retraite, puis remonter à l'effort d'épargne nécessaire compte tenu du rendement retenu.
La variable décisive est la durée. Le même capital cible demande un effort mensuel bien plus faible à 30 ans qu'à 50 ans, parce que les intérêts composés font une large part du chemin. Chaque décennie de retard multiplie l'effort à consentir.
En pratique, les versements programmés lissent les points d'entrée et évitent l'arbitrage émotionnel. À l'approche du départ, une désensibilisation progressive réduit l'exposition aux actifs volatils pour sécuriser le capital constitué.
Étape 4 : choisir les bonnes enveloppes d'épargne retraite
La question « PER ou assurance vie » revient sans cesse. Elle est mal posée : ces enveloppes sont complémentaires, pas concurrentes.
Comparaison indicative. Les caractéristiques varient selon les supports et les gestionnaires. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.
La règle d'arbitrage est fiscale. Au-delà d'une tranche marginale à 30 %, la déduction du PER devient réellement intéressante. En dessous, l'assurance vie garde l'avantage grâce à sa liquidité. Et l'abondement de l'épargne salariale se prend toujours en priorité, c'est le seul rendement garanti du lot.
Reste un point souvent négligé : l'enveloppe ne fait pas le rendement. En 2025, les fonds en euros ont servi environ 2,6 % contre 4,7 % nets pour les unités de compte. Le choix des supports à l'intérieur du contrat pèse davantage que le choix du contrat lui-même.
Source : France Assureurs, chiffres annuels de l'assurance vie, https://www.franceassureurs.fr.
Étape 5 : diversifier son patrimoine sur un horizon long
Préparer sa retraite revient à se constituer un patrimoine équilibré, réparti entre plusieurs classes d'actifs dont les cycles ne se ressemblent pas.
L'épargne réglementée reste la brique de sécurité. À 1,7 % pour le livret A, elle sert à financer l'imprévu, pas à préparer une retraite dans vingt ans. Au-delà de l'épargne de précaution, il faut placer son argent sur des supports plus dynamiques.
L'immobilier locatif reste le pilier le plus courant, avec un effet de levier du crédit et des revenus indexés. La pierre papier permet d'y accéder sans gestion : les SCPI ont distribué 4,91 % en moyenne en 2025.
Source : ASPIM, statistiques annuelles du marché des SCPI, https://www.aspim.fr.
La place du non coté dans une préparation de retraite
Le non coté a une caractéristique qui le rend logique sur cet horizon. L'illiquidité du non coté est une contrainte pour un épargnant qui peut avoir besoin de ses fonds, mais elle cesse d'en être une quand l'échéance est à dix ou quinze ans. Cette contrainte est d'ailleurs ce qui permet aux gérants de travailler sur des cycles longs.
Le capital-investissement français affiche un TRI net de 11,3 % par an depuis l'origine et de 12,4 % sur dix ans, contre 8,9 % pour le CAC 40 sur la même période. Le rendement du private equity s'accompagne toutefois d'une dispersion élevée entre fonds, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Source : France Invest et EY, étude sur la performance nette du capital-investissement français à fin 2024, https://www.franceinvest.eu.
L'accès s'est ouvert. Les FPCI et les structures de co-investissement mutualisent les engagements de plusieurs investisseurs, ce qui abaisse fortement le montant minimum d'entrée, variable selon la stratégie ouverte à la collecte. Investir dans le non coté suppose d'accepter un risque de perte en capital et une immobilisation longue, et de limiter cette poche à une fraction du patrimoine. Ni le PEA ni le PEA-PME ne permettent de loger un FPCI.
[CTA principal] Découvrir les stratégies d'investissement en non coté
Adapter sa stratégie à son âge et à sa situation
- Avant 40 ans : construire l'épargne de précaution, automatiser des versements même modestes, privilégier les supports dynamiques et capter l'abondement employeur.
- De 40 à 50 ans : vérifier son relevé de carrière, chiffrer le complément de revenu visé et accélérer l'effort, souvent le pic de capacité d'épargne.
- De 50 à 60 ans : arbitrer les cas concrets, rachat de trimestres, ouverture d'un PER, diversification. C'est le moment de préparer sa retraite à 50 ans avec des décisions chiffrées.
- Après 60 ans : sécuriser progressivement, organiser la sortie du PER en capital ou en rente, et anticiper la transmission.
Le statut professionnel change les priorités. Dans la fonction publique, la pension se calcule sur les six derniers mois de traitement, hors primes, ce qui pénalise les carrières très primées. Pour un indépendant, la protection est minimale : l'épargne individuelle n'est pas un complément, c'est le socle.
Les démarches du départ à la retraite
La demande de retraite se dépose en ligne, idéalement quatre à six mois avant la date de départ souhaitée. Elle vaut pour l'ensemble des régimes, de base et complémentaires, via une demande unique.
Il faut réunir les justificatifs de carrière, les bulletins de salaire des périodes contestées, les documents relatifs aux enfants et, le cas échéant, les pièces liées à une carrière à l'étranger. La date d'effet est toujours fixée au premier jour d'un mois, ce qui mérite d'être calé avec la fin de contrat. Un rendez-vous avec sa caisse permet de valider le dossier avant dépôt.
Les erreurs les plus fréquentes
- Attendre 55 ans pour s'y intéresser : l'effort mensuel devient alors difficilement soutenable.
- Ne jamais ouvrir son relevé de carrière : les erreurs se corrigent bien plus facilement dix ans avant le départ.
- Tout concentrer sur un seul support : un patrimoine mono-actif subit intégralement le cycle de sa classe d'actifs.
- Choisir une enveloppe avant d'avoir chiffré son besoin : le produit doit découler de l'objectif, jamais l'inverse.
- Oublier la dimension du couple : réversion, régime matrimonial et écarts de pension se traitent à deux.
FAQ : préparer sa retraite
Quand faut-il commencer à préparer sa retraite ?
Le plus tôt possible, l'effort mensuel étant proportionnel au temps restant. Dès la trentaine, quelques dizaines d'euros mensuels investis sur des supports dynamiques produisent un effet cumulé important. À partir de 45 ans, l'audit de carrière et le chiffrage du besoin deviennent prioritaires. Après 60 ans, la logique bascule vers la sécurisation et l'optimisation de la sortie.
Combien faut-il épargner chaque mois ?
Il n'existe pas de montant universel. Le calcul part du complément de revenu mensuel visé, de l'horizon restant et du rendement retenu. Un ordre de grandeur souvent cité est de 10 % des revenus dès le début de carrière, à porter à 15 ou 20 % après 45 ans. Mieux vaut un montant modeste automatisé et maintenu qu'un effort ponctuel abandonné.
PER ou assurance vie : que choisir ?
Les deux, dans cet ordre de priorité. L'assurance vie d'abord pour sa liquidité et son cadre successoral. Le PER ensuite, dès que la tranche marginale d'imposition atteint 30 %, pour transformer l'avantage fiscal à l'entrée en capital investi. En dessous de cette tranche, le blocage des fonds jusqu'à la retraite n'est généralement pas compensé par le gain fiscal.
Faut-il racheter des trimestres ?
Uniquement après calcul. Le rachat est intéressant s'il déclenche le taux plein ou s'il évite une décote durable. Il faut comparer le coût immédiat au gain annuel de pension et vérifier le nombre d'années nécessaires pour l'amortir. Dans plusieurs situations, investir la même somme sur un support long produit un résultat supérieur.
Comment préparer sa retraite quand on est indépendant ?
En considérant que la pension obligatoire ne couvrira qu'une petite partie du besoin. Trois leviers se combinent : le PER individuel pour déduire les versements du bénéfice imposable, la valorisation puis la cession de l'outil professionnel, et un patrimoine diversifié constitué en parallèle. La règle est de ne pas faire dépendre sa retraite de la seule revente de son entreprise.
THE WAY TO ACCESS PRIVATE FUNDS

WE ANSWER YOUR QUESTIONS
Latest articles

Avoid the 5 fatal mistakes in private equity: A smart investor's guide

Profitable investment: which investments to choose to make your capital grow



%201.avif)




